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Brève 55. La rééducation à domicile, ses limites, son importance.

La rééducation à domicile est souvent demandée lorsque tout déplacement du patient est impossible : Après un accident neurologique, un accident vasculo-cérébral, un grave accident de voiture chez un jeune adulte avec des séquelles neurologiques sévères, lors d’une maladie neuro- dégénérative.

 La place de l’orthophoniste est-elle la même qu’en cabinet ?

Bien sûr elle va pratiquer les exercices techniques correspondant à la rééducation des troubles neurologiques. Toutefois d’autres éléments vont vite intervenir dans la prise en charge à domicile. 

L’orthophoniste va- t- elle pouvoir pratiquer la rééducation seule avec le patient dans une pièce de la maison ? Peut-être que oui, peut-être que non. Il m’est fréquemment arrivé que la femme du patient reste présente toute la séance, dans l’incapacité de laisser son mari seule avec moi. Ou bien la séance se faisait dans la cuisine à trois. Cette situation est imposée de fait à l’orthophoniste, elle n’est pas discutable. Elle est impuissante à agir sur cette situation, témoignage de liens qui unissent deux personnes depuis plusieurs dizaines d’années. La présence d’un tiers, dérange, empêche un travail plus serré avec le patient, mais l’orthophoniste doit faire avec …

Sa venue régulière dans le nouveau contexte de cette famille, fait apparaître aussi d’autres rôles pour elle, jamais explicités mais implicitement existants. L’orthophoniste est celle qui « va remettre d’aplomb » le patient, qui va lui faire récupérer toutes ses capacités… Des questions angoissées sont souvent posées « Vous pensez qu’il va récupérer ? » « Dans combien de temps ? » A Cette demande adressée à l’orthophoniste, la réponse sera adaptée, honnête, prudente, corroborée à la situation clinique qu’a observé l’orthophoniste, chez le patient.

Ces questions sont aussi le signe du travail de deuil qui a commencé à se mettre en place chez l’aidant, travail douloureux, dont l’orthophoniste va être témoin, étapes du deuil qui vont commencer au cours des semaines où elle viendra suivre le patient en rééducation. L’angoisse des membres de la famille, le déni, puis le travail de deuil, sont des éléments que va rencontrer l’orthophoniste, régulièrement aux côtés de cette famille. Elle devra s’y attendre, savoir que ces mécanismes conscients et inconscients vont être présents, les prendre en compte.

Mais, par sa présence régulière, tout comme l’infirmière, le kinésithérapeute elle va être – qu’elle le veuille ou non- un soutien pour la famille et témoin de l’élaboration de ce deuil face à la personne que cette famille a « perdu ». En effet, la personne atteinte risque de ne plus être comme avant.  Au-delà des réponses qu’elle donne, c’est aussi cet accompagnement souvent bi hebdomadaire qui va soutenir cette famille atteinte par les traumatismes de la vie.

En s’engageant dans une prise en charge à domicile, l’orthophoniste sait qu’elle n’échappera pas à cette position d’accompagnement.  

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