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Brève 46 : Premier temps de la rééducation dysfonctionnelle : La  musculation de la langue

J’ai présenté dans la brève 22, comment dès le bilan de la déglutition infantile, en disant notamment la phrase : « je ne peux rien faire » je cherche à rendre acteur, l’enfant, lors de sa rééducation de déglutition.

Si je ne peux rien faire effectivement, sur sa motivation, son désir, je vais néanmoins lui proposer un cadre de trois temps dans la rééducation,

1. Le temps de musculation de la langue.

2. Le temps d’apprentissage de la position de la langue : en haut sans toucher les dents.

3.  Le temps d’automatisation de la position de la langue.

1. Le temps de musculation de la langue. Ou comment s’approprier sa langue ?

Regarder l’enfant qui se regarde dans un miroir portatif posé sur le bureau.

Je fais faire les exercices toujours devant un miroir. J’explique qu’ainsi la nuque ne bouge pas. Le mouvement reste localisé au niveau de la langue.  En effet, avec un regard fixé dans le miroir, le cou, les épaules du patient ne peuvent pas intervenir.

Cela permet aussi à l’enfant d’observer l’état de sa langue : « est-elle grosse ? fine ? triangulaire ? tremble-t-elle ? est-elle bombée ? A-t-elle à l’extrémité une esquisse de pointe ?  Se regarder dans le miroir c’est avoir un regard sur soi, une image de soi, On ne peut pas tricher, le miroir renvoie une image factuelle de soi et dans le cas précis aussi de sa langue.

Le miroir rend compte aussi de l’activité des exercices linguaux. L’enfant, en séance, refait les exercices qu’il avait à faire cette semaine devant le miroir. Il se regarde et je le regarde. Mon regard est précieux. Il marque l’importance, l’attention que j’accorde à son travail qu’il accomplit devant moi. Je ne me laisse déranger par rien, je suis concentrée dans ce regard.

Puis une discussion s’engage sur les exercices faits (faciles ou difficiles), les progrès de la langue ou pas, son point de vue, le mien.

Ecouter l’enfant pour qu’il écoute son corps ou qu’il apprenne à écouter son corps.

Parler de la douleur, lui dire de l’éviter car les cellules l’enregistrent. Arriver à ce qu’il fasse la différence entre « cela tire » et « cela fait mal ». De mon côté j’ai expérimenté que les exercices statiques de « tirer la langue » sont beaucoup plus douloureux que les exercices dynamiques. Lors d’invention de nouveaux mouvements ou enchainements linguaux, je demande à l’enfant d’inventer un nom à ce nouvel exercice.

En fin de séances, je demande à l’enfant de prendre deux ou trois des exercices linguaux effectués et de les faire en se chronométrant. La série ne doit pas durer plus de deux minutes pour que cela soit possible pour l’enfant deux fois par jour.

C’est un véritable travail de « kinésithérapie de la langue » qu’il est nécessaire de faire. Sinon la rééducation linguale risque d’échouer ou d’être approximative.

Suite à la demande de certains enfants, un tableau hebdomadaire est effectué sur le carnet. Avec deux cercles à cocher par jour, pour indiquer que le travail bi quotidien a bien été fait.

Tout au long de la séance, l’enfant est mis en position de sujet acteur de sa rééducation. Si l’orthophoniste propose les exercices, c’est avant tout l’attitude du sujet et ses réactions dans ses exercices corporels qu’elle suit pas à pas.



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