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Brève 45 : le « Lâcher prise »

Le lâcher prise est une attitude dans la tête de l’orthophoniste qui est de ne rien vouloir induire.

 Elle ne se dit pas intérieurement : « ce serait bien s’il faisait le choix de continuer car je pense qu’effectivement il est un peu juste en confusions de sons .. »

Elle n’anticipe pas ce que l’enfant va dire, elle se laisse surprendre par ce qu’il dit. Elle est simplement à sa disposition. Elle écoute, elle note, elle fait le secrétaire, elle ne veut rien, elle ne sent rien.  C’est une attitude de réception. Cette attitude n’a rien à voir avec « du laisser-aller ».  Le laisser aller peut être la conséquence de : « je ne sais plus trop quoi faire avec cet enfant ». Le lâcher prise a un objectif très précis : « je veux être simplement au service du désir de l’autre ».

Une attitude difficile à avoir, mais que j’ai pratiquée : Les laisser choisir leur activité pendant le quart d’heure qui est le leur, leur laisser cette liberté d’arrêter la prise en charge ou au contraire de la poursuivre encore un peu,

Le « lâcher prise » dans des cas de rééducation de déglutition infantile de patients adultes entraîne des résultats surprenants. Avec la même maitrise technique de la position de la langue, certains patients décident de finir seuls leurs exercices d’automatisation de la position de la langue là où d’autres, veulent poursuivre quelques séances de plus.

Ce lâcher prise m’amène à penser que chaque séance est peut-être la dernière possible. Etre dans l’état d’esprit que le patient ou la famille peut arrêter à la fin de n’importe quelle séance.

Cet état d’esprit neutre, indifférente permettra à un patient qui le souhaite d’arrêter la prise en charge, sans se sentir culpabilisé d’avoir abandonné son orthophoniste, Cela lui permettra de revenir quelques mois ou quelques années plus tard chez cette même orthophoniste s’il en ressent le besoin.

Le lâcher prise permet de voir chaque patient de façon singulière, de réaliser une efficacité du travail, une qualité de travail. Elle est en effet au service du désir de l’autre.



3 commentaires sur “Brève 45 : le « Lâcher prise »”

  1. Anne-Marie Fernez Remacle

    Merci pour cette réflexion. Je serai également plus en accord avec l’attention flottante, et je ne qualifierai pas cette attitude (fondamentale) d' »indifférente ». Il s’agit plutôt selon moi d’une extrême attention à l’autre mais sans enjeu personnel. Ce n’est cependant pas de l’indifférence: notre propre désir (de réussir, de faire bien notre travail , que l’enfant progresse selon l’idée que nous nous faisons de ce progrès etc….) existe mais est mis à distance, dans une certaine forme de renoncement. Cependant nous ne « lâchons » pas l’autre, qui n’a pas souvent dans un premier temps un désir « décidé » de remanier son symptôme et peut avoir besoin parfois d’abord que nous lui manifestions très clairement notre intérêt pour sa personne, pour sa parole, voire que nous lui insufflions notre confiance dans ses capacités évolutives avant de pouvoir progressivement en effet mettre entièrement de son côté la dynamique du suivi en restant nous même dans une attitude de réception active, c’est à dire dans une écoute …dont il resterait à définir la spécificité dans le cadre d’un suivi orthophonique!

  2. Hélène PEGON

    Très judicieux et certainement valable dans d’autres circonstances que le soin. Ainsi, en bibliothèque d’hôpital psychiatrique destinée aux patients, j’essaie de faire émerger le désir de l’usager, sans me dire ce qu’il serait souhaitable ou pas qu’il fasse. S’il me le demande, je le conseille, mais sans empiéter sur son propre cheminement.

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