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Brève 44

 

Brève 44. Combien de temps dure une prise en charge ? Problème complexe sur lequel il est judicieux de se pencher.

N’a- t – on pas entendu des parents dans notre entourage dire : « Lilou ne veut plus aller en orthophonie mais son professeur des écoles dit qu’il faut qu’elle continue. » En d’autres mots, quelle durée donner à une prise en charge ? 

Il est difficile de donner un temps pour une prise en charge. Beaucoup de facteurs interfèrent mais le facteur prédominant peut être donné de cette façon un peu abrupte :  C’est le sujet qui « décide ». Essayons d’expliciter.

Il y a l’importance de la « résistance au changement chez le sujet ». Si le trouble articulatoire chez Elsa est le symptôme de tout autre chose auquel elle tient consciemment ou inconsciemment, la rééducation peut être très longue voire interminable. Je me rappelle du cas de Michael, au début de l’ouverture de mon cabinet, qui présentait à 6 ans un schlintement qui avait disparu en répétition mais  restait toujours présent dans le spontané, symbole peut être d’un trop grand attachement à sa mère. En tout cas il ne disparaissait pas. Au bout d’un grand nombre de séances, j’arrêtai la prise en charge. Michael repartit avec son schlintement…

A l’inverse, si le patient souffre du trouble, la rééducation peut être très rapide. Chloé, 5 ans, ne prononçait aucune des six fricatives : Lorsque je prenais sa grande sœur en charge, elle attendait dans la salle d’attente en me dévorant des yeux. Quand je commençai sa rééducation, elle apprit – à chaque séance’- un nouveau point d’articulation et les mots – donnés à répéter à la maison- étaient bien prononcés la semaine suivante. La rééducation dura une douzaine de séances. Chloé souffrait de ne pas parler comme les autres, la mise au travail fut immédiate et le résultat très vite obtenu.

Ainsi il est important de mesurer dès le bilan, la souffrance[1] que ressent le patient. Est-il gêné par son trouble ? Ses confusions en lecture ? La réponse négative va entrainer automatiquement une plus longue prise en charge.

 La « mise au travail » peut s’avérer impossible. Une rupture déclenchée alors par l’orthophoniste pendant un mois ou deux peut faire un effet « d’électrochoc » ou de réflexion pour l’enfant comme pour l’adulte. « Voici ma carte de visite et mon téléphone, tu me rappelleras quand tu auras envie que cela change ». La surprise d’une rupture inattendue provoquée par l’orthophoniste, peut faire « bouger le sujet ». La reprise plus tard sera très constructive.

Après plusieurs mois de prise en charge, une pause peut être bénéfique, face à une lassitude qui pointe.  Il est alors judicieux de définir avec le patient le temps de cette pause avec un agenda, et de refixer un rendez-vous à un date décidée par l’enfant. Cela demande de la part de l’orthophoniste une attitude particulière, laisser le patient s’exprimer sur le moment de la reprise, en tournant machinalement les pages d’un agenda tourné vers l’enfant. C’est lui qui décide. Ne pas induire une proposition de dates, mais être dans une attitude de « lâcher prise. » (Objet de la brève 45).


[1] Voir brève 19


1 commentaire pour “Brève 44”

  1. Un autre exemple. Un grand nombre de nos patients arrivent à nos cabinets parce que d’autres ont décidé qu’ils devaient « aller chez l’orthophoniste ». Ce sont bien évidemment les patients – je devrais dire les familles- avec lesquels il est le plus difficile de travailler car on nous « dépose l’enfant » et nous sommes censés opérer une sorte de miracle là où l’école a échoué. Et même s’ils acceptent la démarche, reconnaissant tout à fait les symptômes qui les ont conduits à nous, ils ont parfois du mal à comprendre notre rôle exact, nous confondant avec des enseignants spécialisés, des experts en quelque sorte des difficultés scolaires. Dès lors, les désistements, l’absentéisme voire l’abandon des soins sans préavis sont plus fréquents.
    Si nous ne prenons pas en compte ce qui conduit les patients à notre cabinet, nous risquons souvent de nous méprendre sur leur manque d’investissement, l’absence de progrès et nous mettre nous-mêmes en difficulté.
    Je découvre votre blog, et je le trouve particulièrement intéressant, presque osé dans cette époque qui ne jure plus que par les techniques et les protocoles de rééducation reposant sur des études et des résultats scientifiques. Ne perdons pas de vue que chaque patient demeure particulier et que nous exerçons aussi un art, non au sens artistique mais comme un artisan disposant de solides connaissance, d’un savoir-faire, de techniques, d’outils, d’expérience et au bout du compte d’une capacité à adapter ses gestes à chaque situation.

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