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Brève 43

 Le silence pendant les séances d’orthophonie. Un paradoxe ? Voyons dans des exemples.

Le silence n’est pas l’ennemi de l’orthophoniste. C’est un Compagnon dont il est familier.

Le silence a sa place dès le début d’un bilan. Si l’enfant a du mal à donner son nom ou son prénom : je lui laisse le temps de réfléchir. La prise en charge commencée je demande souvent à l’enfant où on en était la séance précédente.  A cette question l’enfant peut répondre : « je ne me souviens plus, je ne sais pas ». Le silence qui suit cette émission sonore est alors une façon de donner un temps voire une valeur à ce moment de mémorisation. En d’autres mots, le silence de l’orthophoniste est une façon d’effectuer une pression, une pression silencieuse qui peut permettre à l’enfant de se centrer, de se concentrer, et de retrouver alors des éléments de la précédente séance.

C’est aussi lors de la réalisation d’une tâche importante que le silence, de part et d’autre est présent. Mohammed, 5 ans, enfant qui tape ses camarades et présente un retard de parole, effectue pour la première fois un bonhomme en pâte à modeler. Toute son attention est centrée sur sa création et toute mon attention se centre sur cette observation fine et silencieuse.

Le silence a un pouvoir actif, il est force de progression. Sophie écrit une phrase dictée : les enfants mangent à la cantine. Sa main se lève après le [t| du mot « enfant » puis s’arrête, en l’air. J’observe en silence. Sur quoi s’interroge -t -elle ? Sans doute sur l’écriture d’un |s] possible. J’attends en silence… Puis je la vois écrire « mange à la cantine ». Cet arrêt de la main dans le silence apprend beaucoup. Il indique qu’une interrogation s’est effectuée pour elle, même si la réponse n’a pas été la bonne. Il apprend qu’une question a été soulevée dans sa réflexion pour la première fois. C’est dans le silence que cela se produit. 

Nous voyons bien ici le paradoxe. Même si le travail de l’orthophoniste est de s’occuper du langage, c’est souvent en se taisant, dans le silence, qu’il accueillera le langage de l’autre, si déficient soit – il. Ainsi pourra mieux s’exprimer la mémorisation, la réflexion du sujet présent en séance.


 


[i]Notion de temps approximative.

3 commentaires sur “Brève 43”

  1. Christian Bellone

    bien sûr, je trouve que l’on n’insiste pas suffisamment sur l’importance des temps de silence dans notre formation pratique, clinique. Sans doute parce qu’il peut être vécu de façon angoissante par le patient, mais surtout par le thérapeute!

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