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Brève 41

Des patients adultes « dérangeants » pour l’orthophoniste

L’orthophoniste peut être amenée à recevoir des adultes qui présentent un sigmatisme, un bredouillement, une déglutition infantile. Ils ont une volonté très affirmée d’éradiquer, de faire disparaître ce trouble qui les insupporte.   

Le trouble a une existence réelle, l’orthophoniste l’entend, le voit. Mais la personnalité du patient ne manque pas d’interroger. Voyons quelques exemples vécues :

Madame G, vient pour un sigmatisme, mais dès le bilan, elle ne veut pas de stagiaires. « Je suis timide » me dit-elle. Soit ! Mais les horaires que je lui propose pour un rendez-vous ne lui conviennent pas une fois sur deux. Pourtant elle ne travaille pas. Elle décommande souvent le rendez-vous le matin même. Pendant une séance elle refuse de se regarder dans le miroir. Huit séances effectuées en 6 mois et une douzaine de coups de téléphone…

« Régler mes problèmes » : voilà pourquoi monsieur W vient voir une orthophoniste. Il dit qu’il a un sigmatisme, un bredouillement, un léger bégaiement. C’est vrai, mais est-ce si simple ? Dans l’anamnèse, Monsieur W ne peut rien dire sur son enfance sinon cette phrase lapidaire « histoire très conflictuelle avec violence » C’est tout. Son regard est fuyant. Une rééducation sur les schèmes articulatoires s’engage. Dans ce travail, je le regarde. Monsieur W dit « je le sentais, je vous voyais regarder ». Le fait que je le regarde lui est insupportable ? la présence des enfants dans la salle d’attente lui pose problème. Il disparaîtra au bout de 8 séances.

L’orthophoniste, formée à la psychanalyse, met en lien tous les éléments glanés : l’absence d’informations sur l’anamnèse, les petites phrases, la difficulté d’être regardé, le côté insupportable d’enfants en salle d’attente, les rendez-vous manqués, les coups de tel à des heures non conformes, comme le premier janvier au matin.  Tous ces éléments l’interrogent sur la structure du sujet qu’elle rencontre. Comprendre que ces personnes au comportements « bizarres » ont sans doute des troubles de la personnalité importants. La présence de l’autre peut être d’une angoisse insupportable, le lien à l’autre difficile à maintenir.

Ainsi repérer la structure psychotique d’un patient peut permettre d’être plus tolérant sur les absences. L’orthophoniste avisée, va chercher avec doigté et prudence, pas à pas à entrer en relation avec lui, parfois en échouant, parfois en réussissant. Mais sa formation en psychanalyse lui permet d’avoir une grille de lecture de ce patient, de ne pas le voir comme irrespectueux ou installé dans l’assistanat. C’est en effet de tout autre chose, de la structure du sujet dont il s’agit.

2 commentaires sur “Brève 41”

  1. La formation en médecine narrative qui vise a développer les compétences d’attention, de représentation et d’affiliation est particulièrement indiquée pour faire cheminer l’orthophoniste dans l’écoute et l’accompagnement de patients avec un tel récit.

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