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Brève 40

Mathilde est-elle « MULTI DYS » ? Quand le langage dit autre chose …

Quand Mathilde arrive à mon cabinet, elle est en seconde. Elle fait de l’orthophonie depuis le CP. Elle a fréquenté trois écoles privées avec chaque fois un échec.

Je mets volontairement de côté, sur mon bureau, la pile de bilans orthophoniques que l’on m’apporte, sans les lire, pour ne pas être influencée par tout ce qui déjà a été écrit sur cette jeune fille : dyslexique dysorthographique, dys… depuis le CP. J’essaie d’aborder Mathilde et son trouble par « un autre bout ».

J’ai le désir que Mathilde explicite ses difficultés qui fait qu’elle est « multi dys ».

Mathilde explique : 

« Dans un texte je ne vois pas les choses cachées ». Dit-elle. « Les choses cachées » ? Mon oreille est intriguée.

Je lui propose de faire un exercice de phrases à compléter. Mon oreille est interpelée par ses réflexions. Voici quelques-uns de ces raisonnements :

  • Je vous avertie : « je mets un e à avertie car je suis une fille, comme dans « je suis perdue » .
  • « Dans théière, il faut mette un h pour séparer thé de théière ».
  • « Je vous propose de donner votre chat pendant les vacances. « Il n’y a pas de « s » à vacances car il n’y a qu’une seule vacance, ils ne vont pas prendre des vacances différentes »

J’entends des associations qui partent dans tous les sens, des élucubrations qui n’ont rien à voir avec une règle de grammaire.

  Lors de pièces de théâtre que l’école lui demande de lire, Mathilde m’explique qu’elle n’arrive pas à attribuer quels propos sont ceux de tel personnage et quels propos sont ceux de l’autre. Elle a une stratégie qui lui est propre : elle prend une hypothèse au hasard…

De tels propos permettent alors à l’orthophoniste avisée de faire une hypothèse sur une organisation du langage différente chez Mathilde. Elle n’utilise pas les relations entre les mots comme nous. Dès sa première phrase, les choses cachées, elle explicite combien l’implicite ne lui « parle pas ».
Le travail de l’orthophoniste est alors d’accueillir cette différence en la reconnaissant. « Toi, tu vois les choses comme cela, mais nous c’est différent, mais je comprends que tu vois les choses autrement… Séances après séance, j’entends sa différence dans son appréhension du langage et je m’interroge sur un possible syndrome d’Asperger chez cette jeune fille.

Quelques mois plus tard, après un arrêt de la prise en charge décidé par la mère, la situation se dégrade fortement. Mathilde ne veut plus aller au lycée, elle reste prostrée dans sa chambre, les parents consultent un psychiatre qui diagnostique un syndrome d’Asperger chez Mathilde…. Les parents alors se mobilisent, interpellent le lycée, les enseignants. Des réunions sont organisées avec tout le monde y compris Mathilde.  Quand elle revient au cabinet, à sa demande, je vois un sourire sur son visage. C’est la première fois. Le diagnostic lui a enfin permis d’être reconnue comme différente.

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