Brève 19

Pourquoi viens-tu me voir  ?

Lors du bilan, à la fin de l’entretien avec l’enfant (voir brève 18) arrivent deux questions que je lui pose en ralentissant le débit de mon discours, signifiant ainsi l’importance que j’accorde aux réponses.

La première question est : Pourquoi viens-tu me voir, aujourd’hui ?
Les réponses sont multiples. Elle peut être :Je sais pas. Tu ne sais pas ? J’essaie qu’il construise un peu des hypothèses dans sa tête, mais j’accepte aussi que sa réponse ne soit que :  je sais pasC’est maman qui veut, c’est la maîtresse qui veut  : il obéit à une injonction de son entourage. Il arrive aussi que l’enfant ne réponde pas mais regarde le parent présent, ennuyé… ll peut enfin donner une explication. Je lis mal,  je fais des fautes,  j’ai mal à ma langue,  je parle mal.
J’apprends ainsi ce que l’enfant en tant que sujet sait ou imagine de la raison de sa présence dans mon bureau.

La deuxième question porte ensuite sur le trouble que l’on a identifié et dont j’ai pris acte.  Est ce que cela t’ennuie ou finalement ça ne t’embête pas ? 
Je note la réponse mais aussi avec précisions le comportement de l’enfant, les bredouillements, les hésitations qui confortent les mots dits ou au contraire les contredisent.


Martin, 5 ans, qui présente – je l’entends déjà- un retard de parole, répond : Non cha m’embête pas. Personnellement ce que j’entends dans cette réponse c’est que Martin n’est pas gêné par son retard de parole. Je dirai même qu’il s’en satisfait, qu’il n’est pas prêt pour le moment à changer quelque chose pour qu’il disparaisse.
Marine, elle, répond: oui, ça m’embête de mal lire. Dans sa réponse, Marine dit clairement qu’elle souffre de cette lecture non maîtrisée. Elle est gênée et est prête sans doute à entamer un travail.
Karim, huit ans, lui, vient pour une dysphonie importante. Sa maman veut qu’il fasse du chant choral et le professeur de chant choral a expliqué à la maman qu’il ne peut pas chanter.  » Est ce que cela t’ennuie de parler comme cela ?  » Karim répond : non, si ce n’est que je ne peux pas faire de chant choral . J’entends dans sa réponse que Karim n’est pas gêné par sa dysphonie, et qu’il reprend à son compte le désir de sa mère : faire du chant choral…
La réponse peut être aussi nuancée dans son expression : bien un peu, bien pas vraiment .

Ecouter, observer précisément ce qui se dit, ce qui se manifeste est une richesse pour savoir  où « je mets les pieds ». Comment le sujet appréhende le trouble. Trouble qui a une dimension visible et immergé, c’est-à-dire une dimension consciente et inconsciente.
Cette prise en compte des réponses du sujet me donne des indices sur la motivation déjà présente chez l’enfant, face à une souffrance ou sur l’absence de gêne et la présence de résistances qui apparaissent et dont il me fera tenir compte.

2 commentaires sur “Brève 19”

  1. C’est vrai que je ne pense pas toujours à demander. Parfois, on n’a pas besoin de le faire: petite fille de 5 ans qui s’accroche à sa mère qui fait hrrrr, qui dit NON, qui se retourne etc… Je crois que c’est assez explicite dans ce cas. Ou alors elle cache son jeu.

  2. Pascale Renaud

    Je demande toujours à l enfant s il sait pourquoi il vient me voir. C’est très instructif et parfois surprenant
    Parfois il croit qu il voit un autre « docteur »… Et du coup on apprend qu il y a d autres soucis ou du moins que l enfant lui a peut être un autre souci qui dans son esprit est peut être plus prégnant pour lui

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