Brève 13

Quand l’enfant ou l’adolescent n’est pas gêné par ses troubles du langage écrit et obéit aux injonctions de ses parents. Que faire ?

L’enfant ou l’adolescent est apparemment d’accord pour venir, mais aucune proposition faite par l’orthophoniste ne l’accroche. Il dit ne pas être gêné par ses troubles du langage écrit.  Il répond à l’injonction des parents : « il a besoin d’orthophonie ». En séance, il ne se met pas réellement « au travail ». Il est passif. Son corps l’exprime parfois en haussant les épaules.

Aucune des proposition faîte par l’orthophoniste ne l’accroche : ni les jeux de plateau, ni les jeux de cartes, d’écriture, ni l’art thérapie…

Comment gérer cette situation ?

  • Essayer alors une « trouvaille » : Séparer la séance en deux quarts d’heure, avec l’appui d’un chronomètre. Pendant un quart d’heure l’enfant ou l’adolescent peut faire ce qu’il veut (choix d’un livre, d’un jeu, de ne rien faire). L’orthophoniste précise oralement qu’elle n’en fera aucun commentaire. Quand le chronomètre sonne, pendant « son » quart d’heure, l’orthophoniste propose une activité qu’elle choisit, elle.
  • L’enfant ou l’adolescent va-t-il se saisir de cet espace-temps qui lui est offert ? Va-t-il trouver une activité qui lui plaît ? Toute l’attention de l’orthophoniste est alors de regarder l’enfant ou l’adolescent, de suivre ce qui se passe, de façon minutieuse. 
  • Si au bout d’une dizaine de séances, la « trouvaille »ne modifie pas le comportement du patient, je demande alors un rendez-vous avec les parents en présence du patient. Je me positionne en disant qu’il n’est pas utile de poursuivre cette prise en charge en expliquant aux parents la saturation de leur enfant. Je prends la décision d’arrêter. Je peux proposer la rencontre avec un psychologue si je perçois que les parents peuvent y être réceptifs.

Les parents vont sans doute exprimer leur insatisfaction, leur mécontentement face à ma décision. Ils risquent de prendre rendez-vous chez une autre collègue. Mais l’enfant ou l’adolescent aura été « spectateur », témoin que l’orthophoniste s’est positionnée et n’a pas modifié son point de vue, malgré les injonctions des parents.  Il s’en souviendra.

2 commentaires sur “Brève 13”

  1. Un article qui offre des pistes de réflexions pertinentes. L’idée de « ne faire aucun commentaire » est habile, ainsi que de laisser le libre choix forçant l’adolescent à s’impliquer mais en espérant toutefois que ça ne soit que temporaire, car il est vrai que 15min de travail par semaine risque de ne pas pouvoir offrir une progression suffisante pour palier les difficultés.

    Toutefois, concernant le manque d’implication, je n’aborderai pas de prime abord l’argument de la saturation. Car nous ne pouvons pas écarter que l’orthophoniste puisse ne pas convenir à l’adolescent.

    Merci pour cet article !

  2. Pascale Renaud

    Ce que je propose quand je sens que la demande du jeune a du mal à émerger, et que je souhaite qu il soit partie prenante car sinon on n arrivera à rien, c’est un contrat de 5 séances.
    Au bout de 5 séances il décide si il continue ou pas mais on n arrête pas entre.
    Je pose le contrat avec les parents bien sûr et je m engage à ce qu il soit respecté, et que c’est dans mon bureau que le jeune décidera.
    Pendant les séances je lui propose de choisir les activités (lecture écriture jeu dessin etc, ce qu il a besoin de faire pour avancer)
    J ai eu de nombreux jeunes qui de 5 séances en 5seances sont venus 50 séances…
    Nous rediscutons en cours de prise en charge de ce qui se passe… Y compris quand il dit qu’il trouve qu il ne travaille pas… ;)… Je peux me permettre de lui repreciser que c’est lui qui choisit les activités… Et l aider à faire le constat qu il a du mal à s y mettre par exemple et que je peux, à sa demande, porter le contenu qu il choisit s il me demande de lui garantir qu on va écrire (par exemple)
    Cela aide des jeunes très ambivalents…

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