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Brève 52 : Lisa, 4 ans, s’exprime par un jargon incompréhensif : Que faire en tant qu’orthophoniste ?

Lisa est dans une famille d’accueil (ASE) depuis plus d’un an. En mars, sa gardienne l’amène pour un bilan d’orthophonie. A quatre ans, Lisa est incompréhensible. Elle parle avec un jargon que personne ne comprend. Elle prononce très bien par contre le prénom de sa gardienne. A noter que cette dernière ne reconnaît pas non plus le contenu des phrases de Lisa. Elle s’est vraiment fabriquée une langue à elle. Elle voit ses parents biologiques régulièrement. Peu d’éléments sur l’anamnèse sont récoltés.

  • Pendant le bilan, Lisa ne veut pas quitter sa gardienne. Elle n’est pas prête à passer des tests de langage, les plus simples soient-ils. Elle est dans le refus de rentrer en communication. Elle parle néanmoins volontiers, spontanément, et même si ce langage est incompréhensible, je peux déceler à l ‘oreille, la présence d’une structure syntaxique. 
  • Compte tenu de l’opposition de l’enfant lors du bilan, toute rééducation technique est vouée à l’échec. Je laisse d’abord, pendant quatre séances, spontanément jouer Lisa, pour observer un peu comment elle joue, à quoi elle joue, de quels jeux elle se saisit. Si je cherche à m’introduire dans un de ces jeux, elle est dans le refus total. Elle est même revendicatrice, voire cassante.
  • Forte de mon observation, je choisis ensuite des jeux de la toute petite enfance : « se cacher dans le bureau / cacher un objet », « mettre dans » c’est-à-dire mettre chacune un objet dans son tiroir ou mieux dans sa propre maison en bois qui a une porte d’entrée avec charnière. La plupart du temps, elle ne veut pas, elle s’y oppose très fort, elle réagit par des pleurs. Le jeu de la marchande : acheter à l’autre un légume en plastique avec des sous, est une opération qu’elle n’aime pas. La relation d’échange est difficile. Sa relation à l’autre n’est pas fluide. Deux attitudes bien distinctes apparaissent : soit le refus, soit une volonté dans le jeu de me dominer ou de « m’attaquer ». Quand elle prend cette place de me nier, alors, je me rebelle d’être mise à la place de n’être rien, je réagis, je lui dis que j’existe et qu’elle n’a pas le droit de se comporter comme cela avec moi, de me nier ainsi.
  • A la fin juin, le jeu de la marchande, l’échange du sou entre elle et moi est possible. Lisa est plus dans la relation avec autrui, et simultanément son langage devient plus compréhensif.
  • A la rentrée en septembre, je poursuis des jeux très simples comme mettre une carte à l’endroit, à l’envers, et impliquant un tour de rôle. Mais il arrive que lors de certaines séances, sans raison apparente, Lisa ait un comportement fermé.
  • Au retour de vacances de toussaint, un travail technique d’orthophonie sur des prépositions est momentanément possible, mais ne durera qu’une seule séance. Ce sera alors à nouveau le retour à des jeux de la petite enfance, introduisant toujours un tour de rôle : poser un objet dans une boite en bois qui coulisse, puis la secouer pour faire du bruit. Dans ce genre de jeu, Lisa ressent beaucoup de plaisir.  
  • En janvier, il est à nouveau possible et cette fois ci de façon continu,  de faire un travail d’orthophonie classique. Le jargon en tant que tel a disparu et les troubles articulatoires ou retard de parole sont décelables. Le f /v n’existe pas. Le tr est postériorisé en kr. Le travail technique est alors possible avec les étapes habituelles : obtention du point d’articulation, répétition de mots, répétition de petites phrases à la maison, passage dans le langage spontané.

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